Toutes les ressources
Brand & Réputation8 min de lecture

Les médias français que les chatbots IA citent vraiment

Le Monde cité dans 64,4 % des réponses de ChatGPT testées, France 24 dans 82,2 % sur l'actualité internationale : le classement des médias français que ChatGPT cite réellement, le rôle de Wikipédia, et ce que ça change pour une stratégie de relations presse.

Les médias français que les chatbots IA citent vraiment

Une agence de relations presse décroche une interview dans un magazine spécialisé. Trois semaines plus tard, le client demande si ça a fait une différence sur ChatGPT. Personne ne sait répondre, parce que personne n'a jamais regardé ce que les chatbots IA retiennent réellement de la presse française.

La question est rarement posée, alors qu'elle commence à avoir des réponses chiffrées. L'agence Eskimoz a publié en 2025 un baromètre GEO consacré aux médias français : une trentaine de prompts liés à l'actualité, posés à ChatGPT seul, avec des données collectées en juillet et août 2025 grâce à son outil LLM Ranking (méthodologie Eskimoz). Le chiffre de 1 200 sites et 50 000 prompts suivis sur 60 jours, souvent repris, correspond à l'ensemble des baromètres sectoriels d'Eskimoz (médias, luxe, tourisme et autres), pas à la seule étude sur les médias. Le classement qui en sort n'a presque rien à voir avec les hiérarchies habituelles du secteur presse.

Le classement qui surprend

Sur les prompts d'actualité générale, Le Monde est cité dans 64,4 % des réponses de ChatGPT. Le Figaro suit à 53,3 %. Puis l'écart se creuse : Libération à 34,4 %, Les Echos à 27,8 %, franceinfo à 24,4 %. Sur l'actualité internationale, deux titres du groupe France Médias Monde dominent largement : France 24 à 82,2 %, RFI à 57,8 %, loin devant Euronews à 30 %. Côté presse féminine et lifestyle, les écarts sont plus serrés : Elle à 13 %, Femme Actuelle à 10,8 %, le Journal des Femmes à 7,4 %.

CatégorieMédiaTaux de citation (ChatGPT, juillet-août 2025)
Actualité généraleLe Monde64,4 %
Actualité généraleLe Figaro53,3 %
Actualité généraleLibération34,4 %
Actualité généraleLes Echos27,8 %
InternationalFrance 2482,2 %
InternationalRFI57,8 %
InternationalEuronews30 %
LifestyleElle13 %

Ces chiffres mesurent la fréquence de citation, pas l'audience. Un titre peut être lu par des millions de personnes chaque jour et rester quasi invisible pour un chatbot, si sa façon de publier ne colle pas à ce que ces outils savent lire. Le même baromètre estime aussi le trafic que ChatGPT renvoie vers ces sites : sur six mois, environ 2,3 millions de visiteurs pour Le Monde, 811 700 pour Le Figaro et 295 700 pour BFMTV, d'après des données d'outils d'analyse d'audience retraitées par Eskimoz. Des volumes réels, à mettre en regard de ce que ces rédactions tirent encore de la recherche Google classique.

Pourquoi Wikipédia reste l'intermédiaire caché

Voici le détail qui change la lecture de ce classement. Selon Eskimoz, ces médias apparaissent sur ChatGPT principalement par l'intermédiaire de Wikipédia : l'encyclopédie les cite en note de bas de page, et le chatbot s'appuie largement sur elle pour construire sa réponse. Une étude distincte de la société Profound, portant sur ChatGPT, Google AI Overviews et Perplexity entre août 2024 et juin 2025, va dans le même sens : sur ChatGPT, Wikipédia représente 47,9 % des citations parmi les dix sources les plus citées, devant Reddit (11,3 %) et Forbes (6,8 %). Rapporté à l'ensemble des citations de ChatGPT, Wikipédia pèse 7,8 % (Profound, AI Platform Citation Patterns). Ces parts de citation bougent beaucoup d'une étude et d'un mois à l'autre. Semrush, qui a suivi plus de 230 000 prompts du 14 juillet au 12 octobre 2025, a vu la part des réponses de ChatGPT citant Wikipédia passer d'environ 55 % à moins de 20 % à la mi-septembre 2025 (Semrush). Un chiffre isolé décrit donc un moteur, une méthode et une période, pas une règle.

Un titre de presse qui veut peser sur les réponses d'un chatbot IA ne joue donc pas seulement contre ses concurrents directs. Il joue contre un filtre invisible : être repris dans l'encyclopédie en ligne, être cité par d'autres pages que Wikipédia juge fiables, écrire des articles factuels et datés plutôt que des tribunes d'opinion difficiles à vérifier. Wikipédia a ses propres règles de notoriété et de sourcing, rédigées par des bénévoles, et personne n'y entre sur simple demande. Un article de presse solide, factuel, repris par d'autres sources, a de meilleures chances d'y laisser une trace durable qu'un communiqué auto-promotionnel.

Perplexity suit une logique différente, plus proche de la recherche en temps réel. Dans la même étude Profound (août 2024 à juin 2025), Reddit représente 46,7 % des citations parmi ses dix premières sources et YouTube 13,9 %, soit 6,6 % et 2,0 % de l'ensemble de ses citations. Selon la mesure retenue, la place de YouTube change beaucoup : Passionfruit, qui a suivi des réponses d'IA d'août 2025 à février 2026, trouve au moins une vidéo YouTube dans 39,5 % des réponses de Perplexity, car compter les réponses qui citent une vidéo ne revient pas à compter la part des citations (Passionfruit). Le Monde a par ailleurs signé en mai 2025 un accord pluriannuel avec Perplexity : les contenus du journal peuvent apparaître dans les réponses de l'outil, avec des liens vers les articles, contre rémunération. Un média qui négocie ce genre d'accord met ses contenus directement à disposition de l'outil. Un média qui ne négocie rien dépend de la façon dont l'outil choisit, seul, de parcourir le web.

Ce que ça change si vous n'êtes pas un média

La tentation, en lisant ce classement, c'est de le ranger dans la case "sujet de rédaction". Ce serait une erreur. Toute marque qui espère être citée par un chatbot IA dépend de cette même hiérarchie, parce qu'une bonne partie de sa visibilité passe par ce que la presse écrit sur elle, pas seulement par son propre site.

Une mention obtenue dans un média que les chatbots consultent peu a de fortes chances de rester invisible, même si elle est excellente. Une mention plus modeste dans Le Monde, Les Echos ou France 24 a, d'après ces mesures, davantage de chances d'être reprise, reformulée, et citée en retour par un chatbot qui répond à une question sur votre secteur. Ce n'est pas une question de prestige. C'est une question de probabilité de lecture par une machine qui a ses sources préférées.

Ça veut dire deux choses pour une stratégie de relations presse pensée pour l'ère des chatbots IA. D'abord, arbitrer entre deux options qui semblaient équivalentes avant : dix médias spécialisés de niche, ou un seul papier dans un titre généraliste à fort taux de citation. Le second pèse souvent plus, même s'il touche un public moins ciblé en apparence. Ensuite, travailler la façon dont l'information circule après la publication initiale. Un article qui finit cité dans une fiche Wikipédia, un comparatif sectoriel, ou un autre média qui reprend l'info, démultiplie ses chances d'être repris par un chatbot. Un article qui reste isolé sur le site du journal, même bien écrit, s'arrête là.

Et si votre secteur n'a pas sa place dans Le Monde

Toutes les marques n'ont pas vocation à apparaître dans un quotidien généraliste. Un fabricant de machines-outils, un éditeur de logiciel comptable ou une enseigne régionale de bricolage n'intéresseront jamais Le Figaro, et ce n'est pas un problème. Ce qui compte, pour ces secteurs, c'est de reproduire la même logique à l'échelle de leur presse professionnelle : identifier les deux ou trois titres spécialisés que les acheteurs de la catégorie lisent vraiment, et vérifier s'ils sont repris ailleurs, archivés, cités par des concurrents ou des comparateurs du secteur. Un chatbot interrogé sur un achat professionnel précis va chercher ses sources dans ce cercle restreint, pas dans la presse grand public. La hiérarchie change, mais le principe reste identique : être cité ne suffit pas, il faut être cité par la source que le chatbot a appris à consulter en premier sur ce sujet précis.

Ça veut dire accepter de laisser tomber certains titres qui faisaient encore recette en relations presse classiques. Un article dans un magazine imprimé prestigieux mais jamais repris en ligne, jamais cité par un confrère, jamais archivé par un site tiers, ne pèsera presque rien dans une réponse de chatbot. Un article plus modeste, mais publié sur un site professionnel bien établi et repris dans deux ou trois articles connexes, pèsera davantage.

Mesurer, plutôt que supposer

Le problème pratique, c'est que personne ne peut deviner à l'œil si sa marque profite de cette dynamique ou en est exclue. La seule façon de le savoir, c'est d'interroger les chatbots eux-mêmes sur les questions que se posent vos clients, et de regarder quelles sources ils citent quand votre marque apparaît, ou quand c'est un concurrent qui prend la place. Un nom de média qui revient systématiquement dans ces réponses indique où concentrer l'énergie de communication. Un nom qui n'apparaît jamais, malgré une bonne couverture presse sur le papier, signale un problème à creuser : format d'article, délai de republication, absence de reprise par d'autres sources.

Ce travail de vérification devrait, en toute logique, précéder la signature de n'importe quel plan de relations presse pour 2026. Une agence qui recommande encore une liste de médias cibles fondée uniquement sur l'audience ou la notoriété perçue travaille avec les critères d'un monde qui n'existe plus tout à fait. Le critère qui manque à cette liste, et qui devient décisif, c'est la probabilité qu'un chatbot IA aille chercher sa réponse chez ce média plutôt qu'un autre.

C'est précisément ce que suit Vurto : en interrogeant ChatGPT, Perplexity, Gemini et Claude sur les requêtes qui comptent pour une marque, l'outil identifie quelles sources ces chatbots citent réellement, média par média, et permet de comparer ce chiffre à celui des concurrents suivis sur les mêmes questions.